Faïza


 


On voit souvent Faïza aller, venir, venir, puis aller, dans les rues d'Avignon. Je pensais qu'elle cherchait plutôt à arrondir ses fins de mois, mais, à moi en tous cas, elle ne m'a jamais gratté le moindre centime. Peut-être est-ce un effet de mon célèbre sourire plein de dents. En revanche, j'ai du payer de ma personne. Et mettre mon beurre à moi dans son épinard rose. Très très physique, comme fille…

Faïza est un peu étrange. Trente ans, pas de minots, elle vit chez sa mère et n'a jamais travaillé. Pourtant elle dit qu'elle est mariée. Elle m'a expliqué que quand elle était petite elle a du subir un grand nombre d'interventions chirurgicales au cerveau, et qu'elle a passé toute son enfance sur un lit d'hôpital. Elle ne sait pas lire d'ailleurs. Sous ses cheveux, la forme de son crâne est effectivement surprenante, séparée en deux hémisphères symétriques, en forme de cœur, un peu comme Betty Boop.


Et c'est vrai qu'elle a quelques comportements surprenants et excessifs, qui pourraient vite la faire classer comme nymphomane, entre autres spécialités. Dès qu'on commence à visiter son petit potager privé elle se met à soupirer, de façon déjà excessive. Et ceux qui l'ont labourée pourront confirmer : dès les premiers instants de pénétration, elle hurle littéralement, des tas d'insanités. Heureusement que mes voisins de palier ont l'habitude. Elle aime aussi qu'on l'insulte. Moi c'est pas du tout mon truc, mais bon, si ça lui fait plaisir … Mais oui ma chérie, t'es une grosse salope. Comme elle hurle en permanence, difficile de savoir quand elle jouit vraiment, d'ailleurs. Peut-être tout le temps, en continu ?



Cela dit, paradoxalement, c'est une fille qui n'a que peu d'appétence pour la pénétration vaginale. Ce qu'elle aime, c'est qu'on déguste sa petite pistache au miel, et surtout, qu'on la sodomise. C'est assez rare, comme comportement. Le contraire des gazelles usuelles, quoi. Avec elle, pas besoin de négocier : au bout de quelques secondes dans sa tirelire, pourtant bien crémeuse, elle vous réoriente à deux mains vers son tunnel sous-tes-reins. Très accueillant d'ailleurs, le tunnel. Et il a apparemment déjà du voir passer pas mal de convois : inutile de frapper avant d'entrer, c'est déjà ouvert. Je sais pas si c'est un moyen de contraception pour elle, mais elle exige aussi qu'on y dépose tout, à cet endroit là, exclusivement. Et elle crie invariablement ‘vas-y, donne-moi tout, bébé', quand elle veut déclencher l'injection. Dommage : j'aime bien me répartir un peu, faut pas mettre tous ses spermatozoïdes dans le même panier. Côte d'Adam ou pas, si le bon Dieu a fait les moukères avec autant d'orifices et de cavités, c'est pour qu'on s'en serve, non ?

 




 

La première fois que je l'ai capturée, c'était dans une rue piétonne du centre ville, un jour férié. C'était à l'époque des fausses pièces de 10 Francs, vous vous souvenez. Le sud du pays était inondé par les fausses pièces, très mal imitées, pourtant acceptées par les commerçants et la banque de France, mais pas par les distributeurs automatiques. On a fait le tour des pharmacies : pas un distributeur qui les accepte. Pas cool ditou. Comme ça commençait à casser un peu l'ambiance, de faire dix fois le tour de la ville, j'ai du la monter à cru, sans plastique. Tant pis, me suis-je dit, mais puisque c'est recommandé par Jean-Paul II et Ben Coït XVI, il suffira de brûler un cierge pour conjurer le mauvais sort. J'aurais du attendre et la farcir un autre jour, mais j'avais peur qu'elle m'échappe. A l'époque je ne savais pas encore qu'elle était si facile à trouver. Un jeu dangereux, donc. Risqué pour risqué, j'ai continué comme ça sans filet pendant quelques semaines, remplissant presque quotidiennement sa boite à caca. Elle passait chez moi faire le plein presque tous les après-midi.

Elle passe encore d'ailleurs, de temps en temps, quand j'ai pas d'autres chattes à fouetter. Ca m'énerve un peu parce qu'elle débarque toujours sans prévenir, même pas un coup de fil.

Un truc bizarre, aussi, c'est qu'elle refuse toujours de se laver après : elle serre les fesses et elle garde tout en elle. Elle infuse, comme une théière. Ou plutôt comme un shaker à cocktail, vu son tempérament. On la paye en liquide, quoi. Elle dit que c'est son ‘butin' à elle. Butine, Maya, butine … Le problème c'est qu'à force de se faire visiter, elle est plus trop étanche. Et comme elle a jamais de culotte et qu'elle a de toutes petites fesses rondes un peu souples qui s'écartent toutes seules, elle applique sa jolie pastille gluante un peu partout. En été, quand elle est en jupe, on peut la suivre à la trace, comme un escargot : elle laisse des auréoles humides, brunâtres et parfumées, entre autres sur mon canapé et sur le siège passager de ma 405. Une fois, il m'a même semblé la voir forcer intentionnellement, pour expulser un peu du mélange de nos humeurs, comme si elle voulait marquer son territoire. Une autre fois, on s'était donné rendez-vous en ville. On buvait un coup à la terrasse d'un café, et il y avait une fine coulure marron qui descendait sur la face intérieure d'une de ses cuisses. Elle s'en rendait même pas compte. Or, on n'était pas encore passés chez moi : on n'était ensemble que depuis dix minutes. Pas besoin de demander un test ADN : à moins que ça date de l'avant-veille, ça pouvait pas venir de ma crémerie à moi …

 


Un peu hystérique, Faïza, mais gentille. On se voit moins souvent maintenant. J'ai pas que ça à faire : j'ai des gênes d'employé de mairie à disséminer, moi. Et plus question de remplir son pot de Nutella avec du yaourt : je mets des duralex (sed lex) en latex, pour protéger … les siéges de ma nouvelle 405, que j'aimerais garder un peu propres. Avec elle, faut mettre des housses : soit sur ton Mickey maousse, soit sur tes sièges, au choix.

Si elle vous intéresse, faites un tour du côté de la place de l'Horloge, près des arrêts de bus, en début d'après-midi quand il fait beau. Elle y est souvent.